Enfin voici l'aube.
Aprés tant de chemin, d'errance et d'égarement au sein des ténèbres, voici la lumière.
L'ondée est derrière moi, les ténèbres refluent.
Où suis-je?
Sous mes pas une route serpente et ondule au milieu des ronces, me mène vers cette lumière qui perce les ténèbres épaisses des bois.
Les arbres s'écartent et frissonnent sous la caresse de cette clareté envoûtante.
Les murmures du vent dans les feuilles noirâtres s'estompent au profit de cette voix claire et chantante, ce doux murmure semblable à celui d'un souffle dans l'herbe.
Mes pas se précipitent.
Derrière moi les spectres qui me tourmentent -Douleur, Doute, Solitude, Tristesse- refluent vers le coeur des bois et les hautes futaies semblent se refermer sur eux comme pour faire écran à l'éclat doré qui prend à chaque seconde plus de force.
Je cours presque à présent.
Les branches, les ronces, les feuilles me griffent et me lacèrent les bras que je lève pour me protéger.
Mais nulle racine ne se lève pour m'entraver, nulle branche ne s'abaisse pour me fouetter le visage; au contraire, il me semble que la forêt s'écarte toujours d'avantage.
Les troncs se font moins tordus, les branches sont moins difformes, les feuilles redeviennent verte et lisses et lathmosphère se fait moins pressante.
Je ne ressent plus d'hostilité dans les frisson des feuillages.
Puis soudain la forêt, les futaies, les buissons disparaissent comme un cauchemard au matin.
Je viens de franchir la lisière du bois, et devant moi s'étend une plaine immense qui ondoie, ondule, luit sans fin sous la caresse des premiers rayons du soleil.
Et la route se poursuit sans cesse jusqu'à l'horizon, serpente sans fin au travers des collines, appellant au voyage.
Le vent m'accueille et m'enveloppe d'un souffle serein tandis que derrière moi les arbres murmurent à leur tour dans leur langage.
Un pas, puis un autre..
Ainsi commence mon voyage.
Finira-t-il un jour?